Trois projets presque simultanés pour un jeune acteur

Il arrive que la carrière d'un acteur s'accélère si soudainement que plusieurs années de travail semblent aboutir au même moment. Aran Murphy découvre cette situation à 19 ans. Alors que deux séries dans lesquelles il apparaît sont diffusées sur HBO, un long métrage tourné plus de deux ans auparavant s'apprête à rejoindre les salles.

Dans Youth, il incarne Ruari, le fils de Sharon Horgan, confronté à une transition difficile vers l'âge adulte. Dans War, il joue Gabriel Duval, un adolescent pris au milieu d'une séparation familiale et d'un affrontement judiciaire. Dans Klara and the Sun, il rejoint Jenna Ortega et Amy Adams sous la direction de Taika Waititi.

Les trois productions n'appartiennent pas au même genre, mais elles permettent d'observer un jeune interprète confronté à des personnages dont les réactions ne sont pas toujours faciles à expliquer. Les tensions familiales occupent une place particulièrement importante dans les deux séries, tandis que le film de science-fiction l'entraîne vers un univers narratif beaucoup plus éloigné du quotidien.

Interrogé par Variety, Murphy ne présente pas cette accumulation de rôles comme l'aboutissement d'une carrière déjà solidement établie. Il raconte surtout son apprentissage et les différences entre les expériences qu'il vient de traverser.

Cette attitude correspond aussi à la réalité de son parcours. Il possède déjà quelques crédits professionnels, notamment au cinéma, mais les sorties de l'automne 2026 représentent une exposition autrement plus importante.

Dans Youth, il incarne un fils difficile à comprendre

Youth est une comédie dramatique créée par Sharon Horgan, déjà connue pour Catastrophe et Bad Sisters. Elle y interprète Alex, une femme divorcée d'une cinquantaine d'années qui cherche à retrouver une vie sentimentale tout en continuant à assumer les responsabilités de sa famille.

Parmi ces responsabilités figure son fils Ruari, joué par Aran Murphy. Le jeune homme a quitté l'université après une expérience particulièrement difficile et revient vivre auprès de sa mère, alors que leur relation est déjà marquée par une profonde incompréhension.

La série ne réduit pas cette tension à un conflit traditionnel entre un parent autoritaire et un adolescent rebelle. Alex essaie de retrouver une autonomie personnelle au moment même où Ruari, qui devrait progressivement acquérir la sienne, peine à trouver une direction.

Cette contradiction nourrit une relation où l'affection familiale coexiste avec l'agacement. La mère veut aider son fils, mais elle voudrait aussi cesser d'organiser toute son existence autour de lui. Ruari, de son côté, a besoin de soutien tout en refusant parfois de reconnaître sa dépendance.

Dans Variety, Murphy explique avoir puisé dans une expérience qu'il connaît bien : la sortie de l'école et l'incertitude devant les décisions qui accompagnent l'entrée dans la vie adulte.

Il n'a pas vécu le parcours exact de Ruari. Mais il comprend l'impression d'être soudainement obligé de choisir un avenir professionnel, des études ou une nouvelle manière de vivre.

Cette proximité lui offre un point d'appui émotionnel sans qu'il soit nécessaire de confondre sa personnalité avec celle du personnage.

Sharon Horgan l'a choisi pour son naturel

Le choix d'Aran Murphy pour Youth ne tient pas seulement à son nom de famille. Dans un entretien accordé à People le 27 septembre, Sharon Horgan décrit une audition qui l'a immédiatement convaincue.

La créatrice cherchait un jeune acteur capable de rendre crédible une relation mère-fils compliquée, sans donner l'impression de réciter des dialogues soigneusement construits. Elle voulait retrouver à l'écran les hésitations, les silences et les réactions contradictoires qui caractérisent certaines relations familiales.

Selon Horgan, Murphy possédait précisément cette qualité. Son audition lui a donné le sentiment qu'il correspondait au personnage qu'elle avait imaginé. Elle raconte même avoir rapidement éprouvé une forme de proximité maternelle avec lui pendant le tournage.

Ces déclarations sont importantes parce qu'elles montrent ce que la scénariste attendait de l'interprétation. Ruari ne devait pas seulement apparaître comme un jeune homme désagréable. Il fallait également comprendre pourquoi sa mère continuait de s'inquiéter pour lui, même lorsqu'il se rendait difficile à supporter.

La série tire une partie de sa tension de cette ambiguïté. Le spectateur peut être agacé par Ruari tout en percevant son désarroi. Il peut aussi comprendre la lassitude d'Alex sans considérer qu'elle cesse d'aimer son fils.

C'est dans cet espace inconfortable que le personnage d'Aran Murphy trouve son intérêt.

Un personnage traversé par une accusation et le doute

Dans l'entretien publié par Variety, Murphy revient également sur une intrigue sensible de Youth. Ruari quitte l'université après la circulation d'une rumeur liée à une rencontre survenue pendant une soirée alcoolisée.

Cette situation modifie la manière dont les autres personnages le perçoivent. Elle introduit aussi une incertitude pour le public, qui ne possède pas nécessairement toutes les informations permettant de juger ce qui s'est passé.

L'acteur explique avoir choisi de soutenir intérieurement son personnage. Il souhaite comprendre sa version des événements et lui donner la cohérence nécessaire à une interprétation convaincante.

Mais il ne prétend pas que les spectateurs doivent partager sa conviction. À ses yeux, chacun peut conserver son propre jugement.

La distinction est essentielle pour une série qui s'intéresse aux relations humaines plutôt qu'à la seule mécanique des révélations. Un personnage peut être construit à partir de contradictions, de zones d'ombre et de comportements discutables sans que la fiction soit obligée de fournir une réponse morale immédiate.

Pour un acteur encore au début de son parcours, cette ambiguïté représente une difficulté intéressante. Il doit donner une véritable vie intérieure à Ruari sans résoudre lui-même toutes les questions que le scénario souhaite laisser ouvertes.

War lui confie un autre adolescent en colère

Quelques jours après son arrivée dans Youth, Aran Murphy apparaît également dans War, série judiciaire créée par George Kay, scénariste notamment connu pour Lupin et Hijack.

Produite pour HBO et Sky, War suit les affrontements de puissants cabinets d'avocats londoniens pris dans une affaire particulièrement médiatisée. La série réunit Dominic West, Sienna Miller, Phoebe Fox et Archie Renaux.

Murphy y incarne Gabriel Duval, fils de Carla, interprétée par Sienna Miller, et beau-fils de Morgan, joué par Dominic West. Il apparaît notamment dans l'épisode diffusé le 15 octobre.

Le conflit familial se déroule cette fois dans un environnement où les décisions privées deviennent des armes au service d'une bataille judiciaire. Gabriel n'est pas seulement confronté à la séparation de ses parents : il se retrouve également impliqué dans la manière dont les adultes cherchent à défendre leurs intérêts.

Cette situation distingue War de Youth malgré les ressemblances évidentes entre les deux rôles. Ruari exprime les difficultés d'un passage à l'âge adulte encore incertain. Gabriel vit au milieu d'une famille dont les conflits sont amplifiés par l'argent, le prestige et le fonctionnement de la justice.

Les deux jeunes hommes éprouvent une colère qu'ils ne savent pas toujours diriger. Mais cette émotion ne provient pas des mêmes circonstances et ne produit pas nécessairement les mêmes comportements.

Un coup de poing qui l'a inquiété sur le tournage

Dans Variety, Aran Murphy raconte l'une des scènes les plus intimidantes qu'il ait dû interpréter pour War. Gabriel, alcoolisé pendant une soirée, réagit violemment à une remarque concernant la séparation de ses parents.

La séquence implique un coup de poing. L'acteur explique qu'il n'avait jamais vraiment effectué ce type de geste pour une caméra et qu'il craignait surtout de blesser accidentellement son partenaire.

L'anecdote rappelle une difficulté concrète du métier. La violence représentée dans une fiction doit paraître crédible tout en restant contrôlée pendant le tournage. La colère du personnage et les précautions prises par l'interprète appartiennent à deux réalités entièrement différentes.

Murphy attribue une grande partie de la cohérence de Gabriel à l'écriture de George Kay. Il explique que la frustration du personnage était déjà clairement présente dans le scénario, ce qui lui permettait de comprendre ses réactions sans devoir inventer une motivation extérieure.

Cette confiance dans l'écriture revient plusieurs fois au cours de l'entretien. Pour Youth comme pour War, le jeune acteur insiste sur la qualité du travail réalisé avant son arrivée sur le plateau.

Cela révèle une manière assez précise d'envisager ses premiers rôles : chercher dans le texte les contradictions du personnage avant de décider comment les exprimer physiquement.

Klara and the Sun l'a propulsé sur un tournage international à 16 ans

Le troisième projet de cette période est différent. Klara and the Sun adapte le roman de Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature, sous la direction de Taika Waititi.

Jenna Ortega interprète Klara, une compagne artificielle conçue pour accompagner les humains. Amy Adams incarne la mère de Josie, une adolescente jouée par Mia Tharia. Aran Murphy tient le rôle de Rick.

L'histoire explore les relations humaines à travers le regard d'une intelligence artificielle qui découvre progressivement les sentiments, les contradictions et les fragilités des personnes qui l'entourent.

Pour Murphy, l'expérience possède une particularité chronologique. Le film arrive en salles en octobre 2026, mais son tournage remonte au début de l'année 2024. L'acteur n'avait alors que 16 ans.

Il raconte à Variety être passé presque directement de sa vie scolaire à un plateau en Nouvelle-Zélande. Se retrouver face à Jenna Ortega, Amy Adams et Taika Waititi lui paraissait difficile à croire.

Le jeune acteur décrit ce tournage comme une expérience d'apprentissage majeure. Il souligne l'attention et la disponibilité de ses partenaires, ainsi que la possibilité d'observer des interprètes beaucoup plus expérimentés.

L'écart entre le moment du tournage et celui de la sortie rappelle aussi une caractéristique de la carrière cinématographique. Un jeune acteur peut découvrir plusieurs années plus tard le résultat d'un travail réalisé à un âge où ses préoccupations et ses méthodes étaient encore très différentes.

Dans le cas de Murphy, Klara and the Sun arrive au moment où le public peut déjà le découvrir chaque semaine dans deux séries.

Un film sur l'intelligence artificielle qui le fait réfléchir

Aran Murphy ne se contente pas d'évoquer l'expérience de tournage. Il profite de l'entretien pour parler des questions soulevées par Klara and the Sun.

Le récit de Kazuo Ishiguro utilise une intelligence artificielle pour observer les comportements humains. Klara possède une apparence et des fonctions conçues pour répondre aux besoins émotionnels des personnes, mais son regard extérieur met en lumière des aspects de leurs relations qu'elles ne savent pas toujours reconnaître elles-mêmes.

Murphy considère que cette histoire permet d'ouvrir une discussion sur l'importance de l'amitié, de l'amour et de la présence humaine dans un monde de plus en plus marqué par les technologies.

Il exprime également une réserve personnelle sur l'intelligence artificielle, estimant qu'elle ne représente pas nécessairement un progrès global pour son industrie.

Cette déclaration ne constitue pas une expertise technique sur les systèmes d'IA. Elle reflète le point de vue d'un jeune artiste qui commence à construire sa carrière dans un secteur où les outils numériques peuvent modifier certaines pratiques créatives.

Le contraste avec le film est intéressant. La fiction imagine une machine capable d'observer la vie humaine avec une forme de sensibilité. L'acteur, lui, insiste sur la valeur de ce que les relations humaines apportent au quotidien.

Il ne s'agit pas d'une contradiction obligatoire. Une œuvre peut utiliser une intelligence artificielle comme personnage tout en invitant à réfléchir aux limites de la technologie dans la vie réelle.

Cillian Murphy, un père avant d'être une référence de cinéma

L'autre partie de l'entretien concerne naturellement Cillian Murphy. Le père d'Aran compte parmi les acteurs irlandais les plus reconnus, notamment depuis son Oscar du meilleur acteur pour Oppenheimer.

Le jeune homme sait que sa ressemblance avec lui attire l'attention. Il explique pourtant ne pas considérer leurs visages comme aussi similaires que le suggèrent certains observateurs.

Cette remarque amusée permet surtout de mesurer la distance qu'il cherche à maintenir entre son identité personnelle et celle de son père.

Aran Murphy a grandi dans un environnement artistique. Sa mère, Yvonne McGuinness, travaille dans les arts visuels, tandis que son père poursuit une carrière internationale d'acteur.

Il reconnaît avoir bénéficié d'une familiarité précoce avec le cinéma et de conversations enrichissantes sur l'interprétation. Voir Cillian Murphy à l'écran pendant son enfance ne lui paraissait pourtant pas toujours naturel, particulièrement lorsque celui-ci incarnait des personnages confrontés à des situations violentes.

Il cite notamment The Wind That Shakes the Barley, film de Ken Loach sorti en 2006, qu'il souhaite redécouvrir avec le regard d'un adulte.

Mais lorsqu'on lui demande quelle influence son père a exercée sur sa carrière, Murphy insiste surtout sur son soutien familial. La célébrité lui paraît moins extraordinaire lorsqu'elle fait simplement partie de la vie quotidienne.

Cela ne signifie pas que grandir dans une famille connue n'apporte aucun avantage ou aucune difficulté. L'entretien ne permet pas de mesurer précisément ces facteurs. Il montre simplement la manière dont le jeune acteur décrit son propre parcours.

Il avait d'abord imaginé un avenir dans le football

La vocation d'acteur d'Aran Murphy n'a pas toujours été évidente. Il raconte avoir initialement envisagé un avenir dans le football, avant que son intérêt ne se déplace vers la scène.

Il avait 11 ans lorsqu'il a participé à une pièce de théâtre qui l'a profondément marqué. Cette expérience lui aurait donné pour la première fois le sentiment qu'interpréter un personnage pouvait devenir une véritable activité professionnelle.

Le passage du sport au théâtre représente une étape importante dans le récit qu'il fait de lui-même. Sa décision d'essayer le métier ne se limite pas à la volonté de prolonger une tradition familiale.

Il évoque plutôt une expérience concrète, celle d'être sur scène et de découvrir le plaisir de jouer devant un public.

Ses premiers engagements professionnels l'ont ensuite conduit vers le cinéma et la télévision. Le film LOLA figure notamment parmi ses crédits précédant la vague de sorties de 2026.

La succession actuelle de projets ne représente donc pas un début absolu, mais le moment où des expériences accumulées deviennent visibles auprès d'un public beaucoup plus large.

Deux adolescents, deux familles, une même difficulté à grandir

Les rôles de Ruari et de Gabriel permettent de voir comment Aran Murphy aborde des situations proches sans nécessairement répéter le même personnage.

Dans Youth, le conflit est essentiellement intime. Une mère et son fils doivent apprendre à comprendre leurs besoins respectifs au moment où leurs existences semblent partir dans des directions différentes.

Dans War, les tensions familiales se trouvent amplifiées par l'argent, la notoriété et une bataille judiciaire qui transforme les relations personnelles en arguments stratégiques.

Les deux jeunes hommes vivent une période où ils voudraient maîtriser leur avenir sans disposer encore de tous les moyens nécessaires pour le faire.

Cette situation produit de la colère, mais également une vulnérabilité que l'acteur cherche à rendre perceptible.

Le travail sur ces personnages représente un apprentissage précieux. Il oblige Murphy à interpréter des réactions parfois hostiles sans oublier les raisons émotionnelles qui les provoquent.

La difficulté consiste à ne pas confondre une expression de colère avec une personnalité entièrement définie par cette émotion.

C'est justement ce que permettent les séries : consacrer plusieurs épisodes à des contradictions que le cinéma doit souvent développer dans un temps plus limité.

Un début de carrière prometteur, sans trajectoire déjà écrite

Aran Murphy aborde sa visibilité nouvelle avec une prudence qui contraste avec l'intensité de son calendrier. Dans Variety, il explique ne pas savoir précisément quel sera son prochain projet.

Il continue à passer des auditions et se dit ouvert à différentes possibilités. Il ne présente pas ses collaborations avec Sharon Horgan, George Kay ou Taika Waititi comme la garantie d'une carrière immédiatement installée.

Cette incertitude est cohérente avec la situation d'un interprète de 19 ans. Plusieurs productions rapprochées peuvent attirer l'attention sans déterminer définitivement les rôles qui lui seront proposés dans les années suivantes.

Son nom de famille restera probablement un sujet de conversation. Mais les trois œuvres actuellement associées à son parcours offrent déjà d'autres éléments pour le découvrir : sa manière d'interpréter la frustration, son intérêt pour les personnages contradictoires et sa curiosité devant des environnements de tournage très différents.

Youth poursuit sa diffusion hebdomadaire, War continue sur HBO et Sky, tandis que Klara and the Sun arrive progressivement dans les salles à partir du 21 octobre selon les territoires, avec une sortie annoncée le 23 octobre sur plusieurs marchés.

Ce calendrier donne au public plusieurs occasions d'observer son travail dans des registres différents.

La question la plus intéressante n'est donc pas de savoir s'il deviendra le nouveau Cillian Murphy. Elle est de découvrir quel acteur Aran Murphy souhaite devenir lorsqu'il n'aura plus besoin que son nom serve à le présenter.