Le Batman de Ben Affleck devait être un thriller de vengeance
Pendant plusieurs années, le film Batman que Ben Affleck devait réaliser est resté l'un des grands projets fantômes du cinéma de super-héros. Le public connaissait son réalisateur, son interprète principal et son adversaire annoncé. Le contenu précis de l'histoire demeurait beaucoup plus mystérieux.
Joe Manganiello vient d'apporter de nouveaux éléments. Dans son autobiographie Bloodlines, l'acteur raconte ce qu'Affleck lui avait présenté lorsqu'il lui avait proposé d'incarner Deathstroke, le principal antagoniste de son long métrage.
Selon les souvenirs de Manganiello, le réalisateur envisageait une sorte de version super-héroïque de The Game, le thriller de David Fincher sorti en 1997.
La référence est révélatrice. Dans The Game, un homme voit son existence progressivement envahie par des événements qu'il ne maîtrise plus. Ses certitudes, ses relations et sa compréhension du monde se désagrègent à mesure qu'un dispositif mystérieux se referme sur lui.
Affleck souhaitait, d'après Manganiello, appliquer un principe comparable à Bruce Wayne. Plutôt que de lancer Batman contre une menace destinée à détruire Gotham ou la planète, l'histoire aurait visé l'homme derrière le masque.
Le véritable champ de bataille n'aurait pas été seulement la ville. Il aurait été constitué des relations, des secrets et des faiblesses personnelles de Bruce Wayne.
Deathstroke voulait anéantir la vie de Bruce Wayne
Le moteur du récit devait être une vengeance. Deathstroke aurait été amené à croire que Batman avait tué son fils, ce qui l'aurait poussé à élaborer un plan destiné à détruire méthodiquement la vie du justicier.
Cette motivation aurait donné à Slade Wilson une raison personnelle de s'attaquer à Batman. Le personnage ne cherchait pas simplement de l'argent ou une victoire spectaculaire contre un adversaire célèbre.
Il voulait faire souffrir Bruce Wayne.
Manganiello décrit une stratégie dans laquelle Deathstroke aurait exploité la connaissance de l'identité du héros pour frapper les personnes les plus importantes de son entourage.
C'est précisément ce qui distingue cette intrigue des affrontements classiques entre héros et super-vilains. Les enjeux ne se mesurent pas seulement à la puissance des armes employées, mais à la proximité des victimes avec Batman.
L'idée possède une force dramatique évidente. Bruce Wayne a construit son existence autour d'un traumatisme familial. Un ennemi qui s'attaque volontairement à ses proches menace de reproduire ce traumatisme et de remettre en cause toutes les raisons qui l'ont conduit à devenir Batman.
Mais il faut conserver une distinction importante : cette histoire est celle que Manganiello décrit dans ses mémoires. Elle n'a jamais été portée à l'écran dans un film achevé.
Le commissaire Gordon devait mourir
La révélation la plus brutale concerne James Gordon. Selon Joe Manganiello, Deathstroke devait assassiner le commissaire de police au cours de sa campagne de vengeance.
Dans les comics et les adaptations de Batman, Gordon représente généralement l'une des rares figures institutionnelles auxquelles Bruce Wayne peut accorder une véritable confiance. Il est un allié dont la loyauté dépasse les rapports de force habituels entre le justicier et la police de Gotham.
Le tuer aurait donc eu une portée plus importante que la disparition d'un simple personnage secondaire.
Cette décision aurait privé Batman d'un soutien essentiel tout en signalant que le film ne protégerait pas nécessairement les figures historiques de son univers.
J.K. Simmons incarnait Gordon dans la continuité cinématographique à laquelle appartenait le Batman de Ben Affleck. Il n'est cependant pas établi que sa participation au film abandonné avait été contractualisée.
Les déclarations de Manganiello concernent une intrigue envisagée, pas la confirmation de scènes effectivement tournées avec Simmons.
C'est une nuance indispensable lorsqu'on reconstitue un film qui n'a jamais été produit.
Alfred en otage et la Batcave infiltrée
Gordon n'aurait pas été la seule personne visée. Dans le scénario décrit par Manganiello, Deathstroke devait également prendre Alfred Pennyworth en otage.
Alfred occupe une place centrale dans la vie de Bruce Wayne. Son rôle dépasse celui d'un majordome ou d'un assistant technique : il représente l'un des derniers liens familiaux durables du personnage.
Le viser directement aurait permis à Deathstroke d'atteindre Batman dans ce qu'il possède de plus intime.
L'assassin devait également pénétrer dans la Batcave, l'espace où Bruce Wayne conserve son équipement, ses informations et les traces matérielles de sa double existence.
Cette intrusion aurait constitué une violation particulièrement spectaculaire de son secret.
La Batcave est traditionnellement l'un des rares endroits où Batman peut préparer ses opérations et reprendre le contrôle de la situation. La voir envahie par son adversaire aurait montré que plus aucun de ses refuges n'était sûr.
L'ensemble dessine un thriller dans lequel la peur vient de l'incapacité du protagoniste à protéger son propre environnement.
Deathstroke ne devait pas seulement représenter un adversaire dangereux en combat. Il aurait été un prédateur capable d'anticiper les réactions de Batman et de transformer ses relations personnelles en vulnérabilités.
Batgirl aurait participé à un affrontement presque fatal
Les révélations de Bloodlines concernent aussi un personnage dont la présence n'avait pas été confirmée publiquement dans cette version de l'univers DC : Batgirl.
Selon Manganiello, le film devait comporter un affrontement au cours duquel Deathstroke aurait failli tuer Batman et Batgirl.
Les deux héros auraient finalement réussi à s'échapper grâce à un train aérien.
Cette séquence suggère un film d'action particulièrement physique, dans lequel l'assassin pouvait tenir tête à plusieurs combattants entraînés.
Elle indique également qu'Affleck ne souhaitait pas nécessairement concentrer toute l'histoire sur Bruce Wayne. L'introduction de Batgirl aurait permis d'élargir les relations du héros avec d'autres justiciers de Gotham.
Mais Manganiello ne révèle pas quelle actrice aurait interprété le personnage.
Il ne faut donc pas associer automatiquement ce projet à Leslie Grace, engagée plusieurs années plus tard pour un autre film Batgirl qui a également été abandonné.
Les deux productions appartiennent à des développements différents de DC.
La présence envisagée de Batgirl dans le Batman de Ben Affleck demeure une information issue du témoignage de Manganiello, sans distribution confirmée ni images de tournage.
Un combat final inspiré de Batman: Arkham Asylum
Le dénouement devait conduire à un affrontement direct entre Batman et Deathstroke dans les rues de Gotham.
D'après Manganiello, Ben Affleck évoquait une séquence d'animation liée au jeu Batman: Arkham Asylum comme référence visuelle pour le combat final.
Cette référence est intéressante parce qu'elle montre l'influence que les jeux Batman ont exercée sur la représentation moderne du personnage.
La série Arkham, développée autour des aventures vidéoludiques du Chevalier noir, est particulièrement connue pour ses affrontements rapprochés, ses mouvements de combat fluides et son utilisation spectaculaire des capacités physiques de Batman.
Le jeu Batman: Arkham Asylum, sorti en 2009, a contribué à installer un modèle de combat dans lequel le personnage paraît capable de maîtriser plusieurs adversaires grâce à une combinaison de technique, de vitesse et d'anticipation.
Le film envisagé par Affleck aurait probablement cherché à traduire cette sensation en action réelle.
Il ne s'agissait pourtant pas d'une adaptation officielle du scénario du jeu.
La référence concernait une approche visuelle de l'affrontement, et Manganiello ne donne pas suffisamment de détails pour reconstituer précisément la chorégraphie qui aurait été tournée.
L'idée d'un duel final entre deux combattants humains possède néanmoins une particularité au sein du cinéma de super-héros : elle privilégie la confrontation physique et personnelle plutôt que l'escalade vers une destruction mondiale.
Joe Manganiello devait enfin donner une vraie place à Deathstroke
L'importance de ce film dans la carrière de Joe Manganiello tient au rôle qu'il aurait donné à son personnage.
L'acteur était apparu brièvement en Deathstroke dans Justice League, sorti en 2017. Sa rencontre avec Lex Luthor constituait une ouverture vers de futurs projets de l'univers partagé DC.
Dans une interview accordée à Entertainment Tonight en mars 2021, Manganiello expliquait avoir été engagé à l'origine pour interpréter l'antagoniste du film solo de Ben Affleck.
La scène de Justice League devait servir à préparer leur confrontation.
Le film Batman représentait donc l'occasion de transformer une apparition de quelques instants en personnage central d'un long métrage.
Deathstroke possède des caractéristiques qui en auraient fait un adversaire particulièrement crédible pour cette incarnation du Chevalier noir.
Slade Wilson est un combattant expérimenté, capable de planification et de violence méthodique. Sa menace ne repose pas nécessairement sur des pouvoirs gigantesques ou sur l'utilisation d'une technologie impossible.
Face au Batman plus âgé et brutal incarné par Affleck, cette opposition aurait permis d'explorer les limites physiques des deux personnages.
Mais le véritable intérêt du scénario envisagé résidait surtout dans la combinaison entre violence physique et destruction psychologique.
Deathstroke devait connaître suffisamment Bruce Wayne pour attaquer sa vie privée aussi efficacement que son corps.
Ben Affleck devait cumuler quatre responsabilités majeures
Joe Manganiello révèle également avoir exprimé quelques inquiétudes devant l'ampleur des responsabilités assumées par Ben Affleck.
Le cinéaste devait être à la fois acteur principal, réalisateur, coscénariste et producteur de son film Batman.
Une telle combinaison n'est pas inédite à Hollywood. Affleck avait déjà démontré sa capacité à diriger et interpréter ses propres productions, notamment avec The Town et Argo.
Mais une superproduction liée à un vaste univers partagé impose des contraintes particulières.
Elle nécessite de coordonner d'importantes équipes techniques, de nombreuses séquences d'action, des effets visuels et les attentes commerciales d'un studio.
Manganiello explique avoir fait remarquer à Affleck le poids de ces fonctions cumulées.
Son récit ne permet toutefois pas d'affirmer que cette difficulté a provoqué à elle seule l'abandon du film.
L'acteur rapporte une conversation au sujet de l'ambition du projet, pas une décision de production officiellement motivée par cette seule question.
Justice League a profondément marqué Ben Affleck
L'histoire du film abandonné ne peut pas être séparée de celle de Justice League.
La production du long métrage sorti en 2017 avait connu des difficultés importantes, notamment après le départ de Zack Snyder et les modifications supervisées par Joss Whedon.
Ben Affleck est récemment revenu sur cette période dans le podcast Happy Sad Confused.
Selon ses propos rapportés par Variety, il considère les nouvelles prises de vues de Justice League comme l'un des moments les plus négatifs de sa carrière.
L'acteur évoque à la fois les difficultés de production, les conflits créatifs et sa situation personnelle.
Ces déclarations permettent de mieux comprendre pourquoi le projet de film solo a été abandonné dans un contexte particulièrement compliqué.
Mais elles ne justifient pas de réduire cette décision à une seule cause.
Les circonstances personnelles de l'acteur et les choix industriels de Warner Bros. ont évolué au fil des années.
La reconstitution doit donc conserver les distinctions entre témoignages personnels, décisions du studio et conséquences observables.
Deathstroke a également perdu son propre film
L'abandon du Batman de Ben Affleck n'a pas immédiatement mis fin à toutes les ambitions entourant Deathstroke.
Joe Manganiello a expliqué dans plusieurs entretiens que Warner Bros. avait ensuite envisagé un long métrage consacré directement à son personnage.
Le réalisateur Gareth Evans, connu pour The Raid, avait été associé à ce projet.
Cette perspective permettait d'imaginer un film d'action centré sur les compétences physiques de Slade Wilson, indépendamment de l'affrontement avec Batman.
Mais cette production n'a pas davantage abouti.
Manganiello a également évoqué plusieurs possibilités concernant d'autres films de l'ancien univers partagé DC.
Certaines versions envisagées de projets associés à Suicide Squad auraient pu donner une place à Deathstroke.
Aucune de ces pistes ne doit être présentée comme un film actuellement annoncé.
Elles appartiennent à l'histoire des développements abandonnés ou transformés avant la réorganisation de DC Studios.
Le Batman de Matt Reeves appartient à une autre histoire
À mesure que Ben Affleck s'éloignait de la réalisation de son film solo, Warner Bros. a poursuivi le développement d'une autre interprétation de Batman.
Matt Reeves a finalement réalisé The Batman, sorti en 2022, avec Robert Pattinson dans le rôle principal.
Le film s'inscrit dans une continuité distincte, centrée sur une version plus jeune de Bruce Wayne.
Cette transformation ne signifie pas que le scénario de vengeance impliquant Deathstroke a simplement été repris et adapté pour Pattinson.
Le récit de Reeves possède ses propres personnages, ses propres antagonistes et son identité cinématographique.
Il faut également distinguer cet univers du nouveau DC Universe supervisé par James Gunn et Peter Safran.
En janvier 2023, DC Studios présentait notamment The Brave and the Bold, un autre projet cinématographique consacré à Batman.
Les déclarations de Joe Manganiello ne constituent pas une annonce de participation à ces productions.
Elles ne confirment ni un retour de Deathstroke, ni une relance du film de Ben Affleck.
Pourquoi ce Batman abandonné continue de fasciner
Le scénario décrit par Manganiello possède plusieurs caractéristiques qui expliquent l'intérêt persistant des fans.
D'abord, il proposait un antagoniste personnel, capable d'attaquer Bruce Wayne autrement qu'en provoquant une catastrophe à grande échelle.
Ensuite, il semblait disposer d'une direction visuelle identifiable, entre thriller psychologique inspiré de David Fincher et combats physiques proches de l'esthétique des jeux Arkham.
Enfin, il aurait confronté le Batman vieillissant de Ben Affleck à un adversaire suffisamment préparé pour mettre en danger ses proches, ses alliés et même son repaire.
Sur le papier, cette combinaison offrait une proposition différente des affrontements collectifs de Justice League.
Mais un scénario prometteur n'est pas automatiquement la garantie d'un grand film.
La réalisation, le montage, le jeu des acteurs et l'équilibre entre les différentes idées auraient déterminé le résultat.
Aucun de ces éléments ne peut être jugé pour une production qui n'a jamais été achevée.
C'est précisément la particularité des projets abandonnés : leur potentiel peut être longuement discuté, mais leurs faiblesses éventuelles restent impossibles à mesurer.
Le Batman que nous ne verrons probablement jamais
Les souvenirs de Joe Manganiello apportent aujourd'hui une vision beaucoup plus détaillée du Batman que Ben Affleck imaginait.
Deathstroke aurait assassiné Gordon, pris Alfred en otage, pénétré dans la Batcave et affronté Batman et Batgirl avant un duel final dans Gotham.
L'ensemble évoque une histoire de vengeance particulièrement brutale, davantage centrée sur la destruction psychologique du héros que sur une menace planétaire.
Pour autant, ces révélations ne changent pas le statut industriel du projet.
Le film a été abandonné. Aucun tournage complet n'a eu lieu, aucun calendrier de sortie n'existe et aucune relance officielle n'a été annoncée.
La version de Batman incarnée par Ben Affleck a depuis laissé place à d'autres incarnations du personnage au cinéma.
Cette nouvelle fenêtre ouverte par Bloodlines n'est donc pas la promesse d'un retour.
Elle constitue un témoignage sur une possibilité créative qui a disparu au cours des transformations de l'univers DC.
Reste une idée particulièrement frappante : dans le Batman imaginé par Affleck, Deathstroke n'avait pas besoin de détruire Gotham pour gagner. Il lui suffisait de convaincre Bruce Wayne que tout ce qu'il aimait pouvait lui être retiré.