Il y a quelque chose d'assez réjouissant à imaginer Keanu Reeves dans un thriller où un policier et un gangster doivent apprendre à travailler ensemble pour arrêter un tueur en série. Encore faut-il que l'acteur signe. Les informations publiées les 20 et 21 octobre 2026 par The Hollywood Reporter, TheWrap et Variety indiquent qu'il négocie sa participation à The Gangster, The Cop, The Devil, sans qu'un accord définitif ait été rendu public.

Le film sera développé chez Paramount Pictures sous la direction de James Wan. Don Lee, également connu sous le nom de Ma Dong-seok, est attaché au projet pour reprendre le personnage qu'il incarnait déjà dans le long-métrage sud-coréen de Lee Won-tae, sorti en 2019.

L'idée ne consiste donc pas simplement à reprendre un thriller étranger avec une distribution entièrement hollywoodienne. Un des acteurs essentiels de l'original doit conserver son rôle, tandis que le réalisateur de Saw, Insidious et Conjuring apporte sa propre sensibilité à cette histoire de chasse à l'homme.

Keanu Reeves pourrait compléter l'ensemble. Mais sa présence, tout comme le personnage qu'il interpréterait, reste à confirmer.

Un gangster, un policier et un tueur que tous deux veulent retrouver

Pour comprendre l'intérêt de ce remake, il faut revenir au film de 2019. The Gangster, The Cop, The Devil repose sur une situation aussi simple qu'efficace : un chef criminel survit à l'attaque d'un tueur en série. L'agression l'humilie et menace sa réputation. Il décide alors de retrouver son agresseur.

De son côté, un inspecteur de police enquête sur les mêmes crimes. Son objectif est de capturer le meurtrier et de le remettre à la justice. Les deux hommes possèdent donc une cible commune, mais absolument pas les mêmes motivations.

Le gangster veut se venger. Le policier veut arrêter un assassin. Et chacun sait parfaitement que son nouvel allié représente habituellement son adversaire.

Don Lee incarnait Jang Dong-su, le chef criminel, aux côtés de Kim Moo-yul dans le rôle du détective Jung Tae-seok. Kim Sung-kyu jouait le tueur recherché.

Cette opposition faisait une grande partie de la force du film. Le suspense ne reposait pas seulement sur l'identité ou la capture de l'assassin, mais sur la question de savoir combien de temps pouvait tenir une association aussi contradictoire.

Le récit donnait ainsi autant d'importance aux confrontations entre les deux chasseurs qu'à leur poursuite de la troisième figure. Les alliances changeaient de valeur suivant les circonstances, et la collaboration ne faisait jamais disparaître l'hostilité entre police et criminalité.

Présenté au Festival de Cannes 2019 dans la sélection des séances de minuit, le long-métrage avait trouvé une reconnaissance internationale. Son efficacité tenait à cette combinaison de thriller policier, de violence criminelle et de rapports de force très physiques.

Le remake américain dispose donc d'un matériau particulièrement adapté au cinéma de genre. Mais il devra préserver le caractère instable de cette alliance pour ne pas devenir un simple film de poursuite supplémentaire.

Don Lee ne laisse pas son gangster à Hollywood

Le retour annoncé de Don Lee constitue l'élément le plus singulier de cette nouvelle version.

Hollywood a déjà adapté de nombreux films asiatiques en remplaçant intégralement leurs interprètes. Cette fois, l'acteur qui donnait son identité au gangster principal est associé au projet pour reprendre son rôle.

La différence compte. Dans le long-métrage original, Don Lee utilisait sa présence physique comme un véritable instrument dramatique. Son personnage pouvait paraître intimidant avant même de frapper, et le film exploitait constamment le contraste entre cette puissance et la frustration de ne pas pouvoir retrouver son agresseur.

L'acteur a depuis poursuivi une carrière internationale, notamment avec Eternals chez Marvel, tout en demeurant une figure majeure du cinéma d'action sud-coréen grâce à la franchise The Roundup.

Il n'a donc rien d'un inconnu que Paramount chercherait à faire découvrir. Son retour permet plutôt de conserver un lien direct avec ce qui avait rendu le premier film mémorable.

Reste à savoir quelle place prendra son personnage dans la nouvelle adaptation. Le synopsis général est connu, mais les détails du scénario américain n'ont pas été entièrement dévoilés.

La production n'a notamment pas précisé comment le contexte géographique et culturel du récit serait modifié. Transposer une histoire initialement coréenne vers un environnement américain n'est pas une opération neutre, surtout lorsque le personnage central appartient au crime organisé.

Keanu Reeves : un rôle évident sur le papier, mais pas encore annoncé

La tentation serait grande de distribuer immédiatement les rôles. Don Lee retrouve le gangster. Keanu Reeves deviendrait donc le policier chargé de poursuivre le tueur.

C'est une hypothèse logique, mais elle n'est pas confirmée.

Les publications professionnelles précisent que Reeves est en négociations pour rejoindre le film, sans indiquer officiellement quel personnage il pourrait interpréter. Rien ne garantit non plus que la nouvelle version conservera exactement la répartition des rôles du scénario de 2019.

Cette prudence n'empêche pas d'imaginer ce que la présence de l'acteur apporterait au projet.

Avec John Wick, Reeves est devenu l'un des visages les plus identifiables du cinéma d'action contemporain. Les films de Chad Stahelski ont construit une grande partie de leur identité sur la précision des gestes, la lisibilité des affrontements et un personnage dont la compétence contraste avec son épuisement physique.

Sa filmographie comprend également Point Break, Speed et Matrix. Mais John Wick constitue sans doute la référence la plus immédiate pour les spectateurs qui découvrent cette possible association.

Face à Don Lee, Reeves pourrait participer à une dynamique intéressante : deux interprètes associés à des formes très différentes de violence à l'écran. L'un privilégie souvent une chorégraphie extrêmement précise ; l'autre impose une puissance physique presque écrasante.

Il ne s'agit toutefois que d'une piste d'interprétation de leur éventuelle association. Aucun extrait du remake n'a été présenté, et le film n'a pas encore dévoilé sa mise en scène.

James Wan revient vers un cinéma plus criminel

Le choix de James Wan est tout aussi intéressant.

Le réalisateur australien a construit sa réputation avec Saw avant de développer deux franchises majeures du cinéma d'horreur, Insidious et Conjuring. Il a ensuite démontré son goût pour l'action spectaculaire avec Fast & Furious 7 et Aquaman.

Son dernier long-métrage comme réalisateur remonte à Aquaman and the Lost Kingdom, sorti en 2023. The Gangster, The Cop, The Devil devrait constituer son premier film réalisé depuis cette production de super-héros.

Un tel projet lui permettrait de travailler sur un territoire différent, où les affrontements physiques sont importants mais où le suspense dépend aussi de la méfiance entre les personnages.

Wan possède justement une expérience particulière de cette mécanique. Ses films d'horreur reposent souvent sur une compréhension précise de l'espace, des informations dont dispose le spectateur et de celles qu'il ne possède pas encore.

Une poursuite de tueur en série peut exploiter ces qualités sans recourir au surnaturel. La menace devient humaine, mais elle peut être organisée avec les mêmes préoccupations de rythme, de surprise et de tension.

Il serait néanmoins prématuré de présenter le remake comme un retour à l'horreur pure. Le matériau original appartient d'abord au thriller criminel et au film d'action.

James Wan pourrait utiliser son expérience du suspense pour enrichir le récit, mais ni le niveau de violence ni l'orientation visuelle de la nouvelle version n'ont été officiellement détaillés.

Un scénario passé entre plusieurs spécialistes du cinéma d'action

Le projet existe depuis plusieurs années. Son développement remonte à 2019, peu après la sortie internationale du film coréen.

La dernière version connue du scénario est signée Eric Pearson, crédité notamment sur Thunderbolts* et The Fantastic Four: First Steps.

Il a travaillé à partir de versions précédentes écrites par Shay Hatten et Brian Helgeland.

Le parcours de ces auteurs éclaire les ambitions possibles du film. Shay Hatten a notamment participé à l'écriture de plusieurs productions associées à John Wick, tandis que Brian Helgeland possède une longue expérience du polar et du thriller, notamment avec L.A. Confidential.

Cette accumulation de scénaristes ne permet pas de déduire la version définitive de l'histoire. Elle indique simplement que Paramount a cherché différentes approches avant de confier la réalisation à James Wan.

Les producteurs réunis autour du projet témoignent également de son positionnement hollywoodien.

Wan intervient avec Michael Clear et Jason Blum à travers Blumhouse Atomic Monster. Don Lee participe à la production via Big Punch Global.

Sylvester Stallone et D. Matt Geller sont associés au film par Balboa Productions. Chris S. Lee représente B&C Group, tandis que Lorenzo di Bonaventura figure également parmi les producteurs annoncés.

Cette organisation rassemble plusieurs profils habitués au cinéma d'action, au thriller et aux productions de genre.

Elle ne garantit pas la qualité du résultat, mais montre que le remake n'est pas traité comme une adaptation mineure.

Pourquoi refaire un film sud-coréen aussi efficace ?

La question mérite d'être posée.

Le film de Lee Won-tae possède déjà une intrigue accessible, des personnages clairement définis et des scènes d'action qui ne nécessitent pas de connaître particulièrement la culture sud-coréenne pour fonctionner.

Une adaptation anglophone devra donc justifier son existence autrement que par le remplacement d'une langue par une autre.

La présence de James Wan représente une première réponse possible. Son approche de la mise en scène pourrait modifier profondément le traitement du suspense, la violence et le rapport entre les protagonistes.

Le retour de Don Lee en constitue une autre. Il permettrait de préserver une partie de l'identité du film original tout en créant une rencontre nouvelle avec les acteurs du remake.

Enfin, une éventuelle participation de Keanu Reeves offrirait au récit une dimension immédiatement reconnaissable pour le public international du cinéma d'action.

Mais ces éléments ne suffisent pas encore à déterminer si la nouvelle version prendra des libertés importantes avec son modèle ou si elle restera proche de sa structure.

On ignore toujours les personnages secondaires retenus, le lieu précis de l'intrigue et la manière dont le tueur sera représenté.

Le film original réussissait notamment parce que ses deux personnages principaux ne pouvaient jamais oublier leurs intérêts contradictoires. Si Hollywood transforme cette relation en amitié trop rapide, il risque d'affaiblir le meilleur ressort de l'histoire.

L'enjeu sera donc moins de multiplier les scènes d'action que de conserver cette inquiétude : une fois le tueur retrouvé, que feront le policier et le gangster l'un de l'autre ?

Quand sortira The Gangster, The Cop, The Devil ?

Aucune date de sortie officielle n'a été annoncée par Paramount Pictures au 22 octobre 2026.

Le film dispose d'un réalisateur annoncé, d'un acteur principal attaché au projet et d'une équipe de production identifiée. En revanche, les négociations avec Keanu Reeves ne sont pas publiquement finalisées.

Aucune bande-annonce du remake ni photographie officielle de cette nouvelle production n'a été dévoilée dans les annonces consultées. Les images actuellement disponibles concernent principalement le film sud-coréen de 2019 ou les personnalités associées au nouveau projet.

Le véritable prochain rendez-vous sera donc la confirmation du casting, et notamment du personnage que Reeves pourrait incarner.

Sur le papier, la rencontre entre Don Lee, Keanu Reeves et James Wan offre une perspective séduisante. Reste encore à transformer cet assemblage de noms en une nouvelle interprétation d'un polar qui n'avait pas besoin d'être réparé pour fonctionner.