Un appel depuis la prison, après six mois de silence

Nathan Fielder a découvert les appels manqués en consultant son téléphone. Le message indiquait qu'une personne essayait de le joindre depuis un établissement pénitentiaire. Puis un troisième appel est arrivé. Cette fois, le cinéaste a décroché.

Son interlocutrice était Elizabeth Holmes, ancienne dirigeante de Theranos, incarcérée après sa condamnation pour fraude. Selon le témoignage publié dans WIRED, ils n'avaient plus échangé au téléphone depuis plus de six mois.

La conversation a commencé simplement. Holmes lui a demandé comment il allait. Fielder a voulu savoir si elle avait entendu parler des premières réactions à You Can See Everything, le documentaire qu'il venait de terminer avec Lance Oppenheim.

Holmes lui a répondu qu'elle avait reçu certaines informations, mais qu'elle n'avait pas consulté la majorité des articles et commentaires consacrés au film.

Puis elle a prononcé une phrase qui a laissé Fielder perplexe : elle lui faisait confiance.

L'échange ne s'est pas immédiatement terminé. Ils ont évoqué d'autres sujets, notamment les enfants d'Holmes et des nouvelles personnelles que le réalisateur a choisi de ne pas communiquer au journaliste.

Avant de raccrocher, Holmes a répété exactement la même déclaration.

Fielder reconnaît ne pas comprendre pourquoi elle a ressenti le besoin de le lui dire deux fois.

Le moment possède une résonance particulière parce qu'il intervient juste avant la sortie du film, alors que son sujet principal n'a pas nécessairement eu accès à l'ensemble des images et des analyses publiées à son propos.

Que signifie cette confiance ?

On pourrait interpréter les paroles d'Elizabeth Holmes comme un encouragement au cinéaste. Elle pourrait vouloir lui signifier qu'elle compte sur lui pour raconter son histoire équitablement, ou simplement rappeler la relation de travail qu'ils ont construite.

Mais Nathan Fielder se refuse précisément à choisir une explication.

Interrogé par Katie Drummond, il explique ne pas savoir ce que Holmes avait en tête. Il lui paraît impossible de déterminer si cette phrase était spontanée, calculée ou liée à des attentes particulières concernant le documentaire.

C'est là que l'actualité devient plus intéressante qu'une anecdote sur une personnalité connue.

La confiance est une notion fondamentale dans le cinéma documentaire. Sans elle, un réalisateur peut difficilement obtenir un accès durable à la vie privée de ses personnages.

Mais cette confiance ne signifie pas nécessairement que les deux parties poursuivent le même objectif.

Une personne accepte parfois de se laisser filmer parce qu'elle espère modifier la façon dont le public la perçoit. Le documentariste, lui, peut chercher à comprendre un comportement, à examiner des contradictions ou à explorer des événements sans chercher à défendre son sujet.

Le problème devient particulièrement aigu lorsque le personnage filmé est au centre d'une affaire judiciaire aussi connue que celle de Theranos.

Fielder ne peut pas savoir avec certitude ce que Holmes attend de lui. Il peut seulement constater qu'elle a choisi de rétablir le contact et de prononcer cette déclaration.

You Can See Everything : un accès exceptionnel à Elizabeth Holmes

Le documentaire trouve son origine dans une situation inhabituelle. Elizabeth Holmes et son compagnon Billy Evans avaient cherché à développer un projet audiovisuel consacré à leur quotidien.

Ils s'étaient rapprochés d'A24, mais les discussions initiales n'avaient pas abouti.

Lorsque Nathan Fielder a appris l'existence de cette démarche, il a demandé à rencontrer Holmes. Il connaissait déjà son histoire, notamment grâce au livre Bad Blood du journaliste John Carreyrou.

Ce qui l'intriguait ne se limitait pas à l'affaire Theranos. Il voulait comprendre pourquoi une femme qui avait longtemps évité les médias cherchait soudain à inviter une équipe de tournage dans sa vie.

Fielder et Lance Oppenheim ont finalement obtenu l'autorisation de filmer Holmes et Evans pendant les 34 derniers jours précédant son incarcération, en mai 2023.

L'accès dépassait celui d'une interview traditionnelle. Les cinéastes entraient dans l'environnement familial du couple, observaient son quotidien et participaient à des conversations parfois très personnelles.

A24 présente le film comme le point de départ d'un parcours documentaire de trois ans, au cours duquel une observation intime se transforme progressivement en interrogation sur la nature même des images.

Ce dispositif pose une question que les réalisateurs ne peuvent pas résoudre simplement en accumulant des heures de tournage : voir davantage permet-il nécessairement de mieux comprendre ?

Pourquoi Elizabeth Holmes a-t-elle laissé entrer Nathan Fielder ?

Cette question occupe une place importante dans l'entretien de WIRED.

Nathan Fielder est connu pour ses méthodes de travail peu conventionnelles. Dans Nathan for You et The Rehearsal, il construit des situations où les participants, les spectateurs et parfois le réalisateur lui-même peinent à distinguer les comportements spontanés des performances.

Il ne correspond donc pas au profil le plus évident pour une personne cherchant à contrôler son image publique.

Pourtant, Holmes et Evans ont accepté sa présence.

Fielder raconte avoir posé cette question dès les premiers jours du tournage. Même après avoir terminé le documentaire, il ne possède toujours pas de réponse qui le satisfasse.

Le réalisateur évoque une situation presque paradoxale. Il rencontrait une femme dont il connaissait les faits judiciaires, mais qui pouvait se montrer aimable et attentive lors de leurs conversations.

Cette différence entre ce qu'il savait de Theranos et ce qu'il observait au quotidien a nourri ses interrogations.

Une personne peut paraître sincère dans un échange sans que cette impression permette de vérifier ses affirmations.

Fielder explique avoir régulièrement essayé de déterminer s'il recevait une parole honnête ou si son interlocutrice cherchait à orienter sa perception.

Le documentaire ne transforme pas cette incertitude en verdict psychologique définitif.

Il s'intéresse plutôt à l'expérience même du doute, à la manière dont celui-ci évolue au contact d'une personne dont l'histoire publique est déjà largement documentée.

Une relation documentaire qui ne s'achève pas avec le tournage

Le nouvel appel depuis la prison souligne un aspect souvent invisible du métier de documentariste : les relations créées pendant une production peuvent se prolonger bien au-delà de la dernière journée de tournage.

Il ne suffit pas nécessairement de ranger les caméras, de terminer le montage et d'organiser la première du film pour que les liens humains disparaissent.

Pendant plusieurs semaines, Fielder a partagé une partie du quotidien d'Elizabeth Holmes et de Billy Evans. L'équipe a ensuite travaillé pendant des années à comprendre et à organiser les images recueillies.

Le réalisateur connaît désormais certains aspects personnels de leur existence, tandis que le couple sait qu'il détient un pouvoir considérable sur la représentation publique de ces moments.

Cette asymétrie n'est pas propre à You Can See Everything.

Elle existe dans de nombreux documentaires fondés sur un accès intime : une personne livre une partie de sa vie, puis un cinéaste décide de ce qui sera montré, supprimé ou rapproché d'autres événements.

Une telle relation repose donc sur une confiance dont les limites ne sont pas toujours explicitées.

Le coup de téléphone rapporté par Fielder révèle précisément cette ambiguïté.

Holmes peut lui faire confiance tout en ignorant certains choix artistiques. Fielder peut chercher à la comprendre sans partager sa version des faits.

Aucune de ces possibilités ne suffit à expliquer définitivement l'appel.

Un film qui interroge sa propre capacité à montrer la vérité

Le titre You Can See Everything possède une dimension presque ironique.

La promesse de tout voir suggère une transparence absolue. Pourtant, le cinéma documentaire dépend toujours d'un cadre, d'un point de vue et de choix de montage.

Une caméra peut enregistrer une réaction, mais elle ne peut pas saisir directement l'intention qui la produit.

Un entretien peut recueillir une déclaration, mais il ne peut pas garantir qu'elle correspond entièrement aux convictions de celui qui parle.

Cette limite devient particulièrement importante lorsqu'un film cherche à observer une personne condamnée pour avoir trompé des investisseurs.

Fielder et Oppenheim ne se contentent pas de filmer Elizabeth Holmes en espérant que son comportement fournira une réponse évidente.

Leur projet examine également les difficultés rencontrées par ceux qui essaient de comprendre cette femme.

La deuxième partie du film pousse cette réflexion plus loin en intégrant des procédés de reconstitution.

Amanda Seyfried, qui avait incarné Holmes dans la mini-série The Dropout, participe notamment à cette exploration de la différence entre une personne réelle et les représentations que l'on construit d'elle.

Ce choix ne transforme pas le documentaire en fiction traditionnelle. Il souligne plutôt que les images enregistrées, comme les scènes rejouées, doivent être interprétées.

La méthode pourra diviser les spectateurs qui attendent d'un documentaire une séparation plus nette entre observation et mise en scène.

Mais elle correspond à l'interrogation centrale du film : la présence d'une caméra ne supprime pas automatiquement l'incertitude.

Les révélations sur Theranos restent des faits judiciaires

L'intérêt de Nathan Fielder pour Elizabeth Holmes ne doit pas faire oublier la nature de l'affaire qui l'a rendue célèbre.

Theranos promettait de transformer les analyses médicales grâce à des machines capables, selon sa communication, de réaliser de nombreux tests sanguins à partir de prélèvements minuscules.

L'entreprise avait attiré des investissements importants et acquis une réputation exceptionnelle dans la Silicon Valley.

Les enquêtes journalistiques, puis les procédures judiciaires, ont révélé l'écart entre les capacités annoncées de la technologie et sa réalité.

Elizabeth Holmes a été reconnue coupable en 2022 de plusieurs infractions de fraude et de complot visant des investisseurs.

Elle a commencé à purger une peine fédérale en mai 2023.

Ses affirmations répétées d'innocence constituent des déclarations personnelles. Elles ne modifient pas la condamnation prononcée à son encontre.

Cette distinction demeure fondamentale lorsqu'on aborde un documentaire aussi intime.

Le fait de montrer une mère auprès de ses enfants ou une personne confrontée à une séparation difficile peut susciter de l'empathie.

Mais l'empathie ne constitue pas une preuve d'innocence, pas plus qu'une condamnation pénale n'efface toutes les autres dimensions de la vie d'un individu.

La responsabilité du cinéma documentaire consiste précisément à naviguer entre ces différents niveaux sans les confondre.

Billy Evans voulait que le public découvre une autre image d'Holmes

La motivation de Billy Evans apporte un élément supplémentaire pour comprendre la naissance de You Can See Everything.

Dans le podcast All-In, juste avant la sortie américaine, le compagnon d'Elizabeth Holmes a expliqué pourquoi le couple avait accepté de participer au projet.

Selon lui, les personnes qui ne connaissaient Holmes qu'à travers les médias avaient tendance à se construire une image très négative d'elle.

Il affirme que ses proches changeaient fréquemment d'opinion après l'avoir rencontrée dans un cadre personnel.

Le documentaire devait permettre à un public plus large d'accéder à une expérience comparable, en observant Holmes dans son environnement familial.

Cette intention constitue une donnée importante.

Elle suggère que l'accès offert aux réalisateurs n'était pas seulement motivé par le désir d'archiver une période difficile.

Le couple espérait aussi, selon Evans, influencer la manière dont Holmes serait perçue.

Cela ne signifie pas que Nathan Fielder ou Lance Oppenheim ont accepté de produire un portrait favorable.

Au contraire, l'écart potentiel entre les attentes des personnes filmées et les intentions des documentaristes fait partie des tensions qui rendent le film singulier.

L'appel de Holmes depuis sa prison intervient au moment où ces différentes conceptions de l'œuvre rencontrent enfin les réactions du public.

Nathan Fielder a commencé sans savoir quel film il allait réaliser

Dans l'entretien de WIRED, Fielder décrit un processus de création inhabituel, même au regard de sa propre carrière.

Lorsqu'il a proposé à A24 de rencontrer Elizabeth Holmes, il ne disposait pas d'une idée définitive de la forme que prendrait le documentaire.

Il savait que son histoire avait déjà fait l'objet de nombreux articles, enquêtes et adaptations audiovisuelles.

Il ne voulait pas simplement reproduire un récit connu en y ajoutant quelques interviews.

Son interrogation portait sur la possibilité de rencontrer cette femme et de découvrir quelque chose qu'il ne parvenait pas encore à définir.

Le cinéaste explique avoir demandé à A24 la liberté de ne rien livrer si le tournage ne débouchait sur aucune œuvre satisfaisante.

Cette condition lui permettait d'aborder les premières rencontres sans devoir immédiatement faire entrer les événements dans une structure préétablie.

La méthode possède des risques évidents.

Un tournage sans destination narrative précise peut consommer du temps, de l'argent et de l'énergie sans jamais trouver de sens.

Mais il peut également permettre de découvrir des relations et des contradictions qu'un projet trop rigoureusement scénarisé aurait négligées.

C'est ce deuxième chemin que le documentaire semble avoir emprunté, en faisant progressivement de ses propres difficultés d'interprétation une partie de son sujet.

Une production tenue secrète pendant plusieurs années

Le film a également été développé dans une confidentialité inhabituelle.

Fielder explique que les premiers tournages ont été organisés avec une équipe restreinte, afin de réduire le nombre de personnes connaissant leur existence.

Ce secret répondait à plusieurs préoccupations.

Les conditions de vie de Holmes et Evans étaient déjà très exposées. La présence annoncée d'une équipe de cinéma aurait pu attirer une attention médiatique supplémentaire et modifier leurs comportements.

Les réalisateurs souhaitaient aussi préserver leur liberté de rencontrer d'autres personnes sans que le projet soit défini publiquement avant même d'avoir trouvé sa forme.

Cette discrétion a largement contribué à la surprise provoquée par la présentation du film au Festival de Telluride en septembre 2026.

Le public connaissait Nathan Fielder pour ses expérimentations télévisuelles. Découvrir qu'il avait passé plusieurs années à travailler sur Elizabeth Holmes constituait un changement d'échelle particulièrement inattendu.

La campagne de promotion d'A24 a ensuite exploité la singularité du projet, sans en dévoiler immédiatement tous les mécanismes.

Le documentaire est finalement sorti dans les salles américaines le 16 octobre.

Son arrivée au cinéma permet désormais aux spectateurs de confronter leurs propres impressions à celles du réalisateur.

Le succès en salles ne répond pas aux questions du film

Le premier week-end d'exploitation de You Can See Everything a dépassé les attentes initiales.

Selon Variety et Associated Press, le documentaire a enregistré environ 15 millions de dollars de recettes nord-américaines dans 855 salles.

Il s'est classé deuxième du box-office américain derrière Street Fighter.

Ce résultat est remarquable pour une œuvre documentaire non musicale d'une durée proche de trois heures.

Mais il ne constitue pas le véritable sujet de cette nouvelle actualité.

Les recettes indiquent que le film attire la curiosité du public. Elles ne permettent pas de déterminer si les spectateurs adhèrent aux interprétations de Fielder, sympathisent avec Holmes ou rejettent complètement son comportement.

Elles ne permettent pas davantage de savoir comment Elizabeth Holmes elle-même perçoit les réactions au documentaire.

Lors de leur conversation téléphonique, elle a expliqué au réalisateur qu'elle avait entendu parler de certaines publications, mais n'en avait pas consulté la plupart.

Fielder ne confirme donc pas qu'elle a découvert le montage final dans les mêmes conditions que les spectateurs.

Sa déclaration de confiance ne peut pas être interprétée comme une approbation explicite du film.

Le succès commercial donne simplement une portée nouvelle aux questions soulevées pendant la production.

Un réalisateur face à ses propres doutes

L'une des particularités de Nathan Fielder tient à sa façon de transformer son incertitude en matière artistique.

Dans Nathan for You, il utilisait des conseils commerciaux absurdes pour observer les comportements de personnes confrontées à des situations inattendues.

Avec The Rehearsal, il poussait plus loin son intérêt pour la préparation et le contrôle, en construisant des environnements permettant de répéter des conversations ou des événements avant qu'ils n'arrivent.

Ces dispositifs semblaient initialement lui donner une position privilégiée : celle d'un homme capable de créer les règles d'une expérience.

Mais ils finissaient souvent par révéler ses propres limites.

Avec Elizabeth Holmes, ce mouvement prend une dimension différente.

Le réalisateur ne construit pas seulement un dispositif pour observer une personne.

Il entre dans une situation dont les enjeux judiciaires, familiaux et médiatiques existaient bien avant son arrivée.

Il n'en contrôle ni tous les paramètres ni toutes les conséquences.

Dans WIRED, Fielder explique qu'il continue à repenser les conversations du tournage et à chercher ce qu'elles pouvaient signifier.

L'appel depuis la prison constitue un élément supplémentaire qu'il doit désormais essayer d'interpréter.

Il serait possible d'en faire une conclusion spectaculaire. Le cinéaste préfère reconnaître qu'il ne possède toujours pas de réponse.

La confiance ne garantit ni l'innocence ni la vérité

Le mot employé par Holmes est au centre de toute cette histoire.

Faire confiance à un documentariste peut signifier accepter qu'il observe des moments difficiles, qu'il pose des questions ou qu'il raconte une histoire dont on ne maîtrise pas toutes les conséquences.

Mais la confiance ne crée pas une obligation d'adhésion.

Le réalisateur peut reconnaître l'humanité de son sujet tout en conservant une distance critique sur ses déclarations.

Il peut aussi éprouver de l'empathie pour certaines situations personnelles sans modifier son jugement sur les faits établis par une enquête ou une procédure judiciaire.

Cette séparation est particulièrement importante pour une personnalité comme Elizabeth Holmes, dont la notoriété repose sur un écart considérable entre les promesses publiques de son entreprise et la réalité mise au jour.

Le documentaire ne peut pas résoudre cette contradiction simplement en multipliant les images intimes.

De même, le fait que Holmes répète sa confiance à Fielder ne démontre pas qu'elle cherche à le manipuler.

Une telle intention resterait à établir.

L'intérêt de l'entretien tient précisément au refus du réalisateur de transformer un comportement ambigu en preuve.

Il reconnaît le fait observable, distingue les explications possibles et laisse ouverte la question de leur signification.

Une histoire qui continue après la dernière image

La sortie de You Can See Everything aurait pu constituer un point final.

Après trois années de travail, Nathan Fielder et Lance Oppenheim avaient terminé leur documentaire, A24 préparé sa distribution et les spectateurs pouvaient enfin découvrir le résultat.

L'appel d'Elizabeth Holmes a pourtant déplacé cette frontière.

Le film est achevé, mais la relation entre son principal réalisateur et son sujet ne l'est pas nécessairement.

Cette situation souligne une différence essentielle entre le cinéma de fiction et certains projets documentaires.

Dans une fiction, les personnages cessent généralement d'exister en dehors du récit. Dans un documentaire, les personnes filmées continuent de vivre, de réagir et parfois de contacter ceux qui ont représenté leur histoire.

Leur perception du film peut évoluer après sa diffusion.

Le réalisateur peut, lui aussi, découvrir de nouvelles informations ou se poser d'autres questions.

Il ne s'agit pas pour autant d'annoncer un deuxième documentaire.

Aucune suite à You Can See Everything n'a été confirmée.

Le prolongement est pour l'instant humain et intellectuel : Fielder continue à réfléchir aux intentions d'Holmes et à la signification de leur relation.

La phrase d'Elizabeth Holmes résume le paradoxe du documentaire

La déclaration d'Elizabeth Holmes possède une simplicité trompeuse.

Elle affirme faire confiance à Nathan Fielder, mais celui-ci ne sait pas ce qu'elle attend exactement de cette confiance.

Il ne peut pas déterminer si elle cherchait à le remercier, à l'encourager ou à influencer sa manière de raconter leur histoire.

Le réalisateur n'affirme donc aucune de ces hypothèses comme une certitude.

C'est une conclusion cohérente avec le projet qu'il a construit aux côtés de Lance Oppenheim.

You Can See Everything ne raconte pas seulement les derniers jours de liberté de l'ancienne dirigeante de Theranos.

Le film examine aussi ce qui se produit lorsqu'un cinéaste obtient un accès exceptionnel à une personne dont il connaît la condamnation, sans jamais parvenir à lire parfaitement ses intentions.

La conversation téléphonique survenue juste avant la sortie prolonge cette interrogation dans la réalité.

Même après trois années de travail, des heures d'images et un montage terminé, Nathan Fielder se retrouve devant une phrase qu'il ne sait pas interpréter.

Elizabeth Holmes lui dit qu'elle lui fait confiance. Le cinéaste, lui, refuse de prétendre qu'il sait pourquoi.

Et c'est peut-être l'aspect le plus troublant de cette histoire : un documentaire peut montrer énormément de choses, sans jamais donner accès à tout ce que pense réellement la personne placée devant sa caméra.