27,8 millions de dollars : un démarrage qui fait oublier les mauvaises critiques

Other Mommy a remporté la première place du box-office nord-américain lors du week-end du 9 au 11 octobre 2026. Selon les résultats définitifs publiés par Box Office Mojo et The Numbers, le film a récolté exactement 27 805 825 dollars dans 3 365 cinémas. Le résultat dépasse les estimations initiales de 27,5 millions communiquées le dimanche par Universal Pictures.

Ce démarrage constitue une performance importante au regard de son budget de production, évalué à 19 millions de dollars. Il ne signifie pas que le film est déjà rentable : les frais de distribution et de marketing s'ajoutent au coût de fabrication, et les exploitants conservent une partie des recettes de billetterie. Il donne néanmoins à Universal et à Blumhouse Atomic Monster une base commerciale encourageante pour poursuivre son exploitation.

Le film devance notamment Verity, deuxième avec environ 11,5 millions de dollars, ainsi que Resident Evil et Heart of the Beast. The Social Reckoning, le nouveau drame d'Aaron Sorkin consacré à Facebook, doit se contenter d'une cinquième place et de 5,5 millions de dollars pour son ouverture.

L'écart mérite qu'on s'y arrête. Un film d'horreur fondé sur une présence démoniaque dans une maison attire cinq fois plus de recettes lors de ce week-end qu'une production dramatique consacrée à l'une des controverses technologiques les plus importantes de ces dernières années. La comparaison ne suffit pas à expliquer les goûts du public, mais elle illustre l'efficacité du cinéma de genre pour transformer une proposition immédiatement compréhensible en rendez-vous dans les salles.

Jessica Chastain face à son double monstrueux

Other Mommy adapte Incidents Around the House, roman de Josh Malerman, également connu pour Bird Box. Le film suit Bela, une fillette de huit ans confrontée aux tensions qui traversent sa famille. Une présence inquiétante apparaît dans sa maison et développe avec elle une relation de plus en plus troublante. L'entité ressemble à sa mère, mais son intérêt pour l'enfant dissimule une menace autrement plus sinistre.

Jessica Chastain interprète Ursula, la véritable mère de Bela, ainsi que son double surnaturel. L'actrice partage l'affiche avec Jay Duplass, qui incarne le père, et Arabella Olivia Clark dans le rôle de Bela. Dichen Lachman, Arian Moayed et Karen Allen complètent la distribution.

Le choix de confier les deux figures maternelles à Chastain constitue l'un des principaux ressorts du film. La menace ne vient pas d'une silhouette étrangère qui s'introduirait dans le foyer, mais d'un visage parfaitement familier. L'idée est simple, et c'est précisément sa force : transformer une personne censée protéger un enfant en source d'angoisse.

Rob Savage assure la réalisation sur un scénario de Nathan Elston. Le cinéaste britannique s'est fait connaître avec Host, film d'horreur conçu autour d'une visioconférence, avant de réaliser The Boogeyman. Il retrouve ici un univers où la peur naît de la fragilité du cadre domestique, même si cette nouvelle production dispose d'une ampleur nettement supérieure à celle de ses premiers travaux.

James Wan figure parmi les producteurs du film. Son implication renforce l'identité horrifique du projet, à la croisée des méthodes de Blumhouse et de l'héritage du réalisateur de Saw et Insidious. Universal inscrit Other Mommy dans une collaboration qui a déjà permis de lancer ou de développer plusieurs productions d'horreur populaires.

Un D+ CinemaScore qui complique la suite

La première place du box-office masque pourtant un accueil particulièrement difficile. Other Mommy a reçu une note D+ de la part des spectateurs interrogés par CinemaScore, un indicateur mesurant la réaction d'une partie du public lors des premières séances américaines. Les critiques professionnelles se montrent également largement défavorables.

Dans The Guardian, la critique souligne notamment un film trop dépendant des sursauts, de la violence et des effets spectaculaires pour installer une angoisse durable. D'autres réactions pointent les problèmes de cohérence du récit et la difficulté à développer pleinement son idée de départ. L'interprétation de Jessica Chastain apparaît néanmoins comme l'un des éléments les plus régulièrement remarqués.

Cette réception pose une question importante pour la suite de son exploitation. Le public de l'horreur peut se déplacer rapidement lorsqu'une bande-annonce promet une expérience suffisamment marquante. Mais la capacité à maintenir les recettes dépend aussi des recommandations entre spectateurs. Une mauvaise note CinemaScore ne condamne pas mécaniquement un film de genre ; elle constitue cependant un avertissement lorsque les critiques sont elles aussi sévères.

La campagne promotionnelle a bénéficié d'un concept particulièrement facile à communiquer. Une silhouette maternelle inquiétante, un sourire dérangeant, une menace qui surgit là où l'enfant devrait être en sécurité : le film possède des images immédiatement identifiables. La bande-annonce a suscité de nombreuses réactions avant la sortie, et la publicité a misé sur cette présence visuelle plutôt que sur une intrigue complexe à expliquer.

Blumhouse continue de miser sur des concepts identifiables

Le succès initial d'Other Mommy s'inscrit dans une logique économique familière aux amateurs de cinéma d'horreur. Un budget de production contenu, un concept accrocheur et une distribution suffisamment large peuvent produire des recettes importantes sans nécessiter les investissements d'une franchise de super-héros ou d'un blockbuster d'action.

Le genre bénéficie également d'une forme de souplesse que le cinéma dramatique traditionnel possède moins souvent. Il peut attirer les spectateurs pour son atmosphère, son dispositif visuel ou la promesse d'une expérience collective. La réputation critique reste importante, mais elle n'est pas toujours le premier élément qui détermine le choix d'une séance.

Other Mommy arrive aussi au bon moment du calendrier américain. À quelques semaines d'Halloween, les films d'épouvante trouvent naturellement une place dans les habitudes de consommation culturelle. Ce contexte favorable ne garantit pas le succès de chaque sortie, mais il donne un avantage aux productions capables de se distinguer rapidement.

Le démarrage international apporte un autre élément intéressant. Les estimations du premier week-end faisaient état d'environ 45,2 millions de dollars de recettes mondiales, dont près de 17,7 millions hors Amérique du Nord. Ces chiffres, communiqués à l'ouverture, montrent que l'intérêt pour le film ne se limite pas au marché américain.

Le vrai test commence maintenant

Reste à savoir si cette curiosité initiale se transformera en succès durable. Les résultats quotidiens publiés après le week-end permettent déjà de constater que le film continue d'attirer des spectateurs, mais sa résistance face aux nouveautés des semaines suivantes demeure incertaine. Le bouche-à-oreille mitigé pourrait peser davantage sur sa deuxième semaine d'exploitation.

Il faudra aussi distinguer le succès commercial du jugement artistique. Le fait qu'Other Mommy attire du monde ne rend pas ses critiques moins pertinentes. Inversement, un mauvais accueil critique ne retire rien aux recettes réellement encaissées. Ces deux réalités peuvent parfaitement coexister.

Avec 27,8 millions de dollars dès ses trois premiers jours nord-américains, le film de Rob Savage a déjà gagné une bataille importante : celle de l'attention. Jessica Chastain et son double maléfique ont suffisamment intrigué pour remplir les salles malgré les avertissements. Le prochain enjeu sera moins de faire peur au public que de lui donner envie de recommander l'expérience.